Laboratoire du Changement Social et Politique


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Démocratie radicale et utopie



Colloque international
Université Paris Diderot
Paris, France

Organisé par le LCSP (L’Archipel des devenirs – Centre de recherche sur les utopies) en collaboration avec l’Université York (Toronto, Canada), le Centre de Théorie Politique de l’ULB (Belgique) et l’Université du Québec à Montréal (Québec).

15, 16 et 17 avril 2015

Argumentaire

En associant la démocratie radicale à l’utopie, il ne s’agit pas de prouver que l’une contiendrait déjà l’autre dans son concept pour « découvrir » entre elles une heureuse continuité. Il s’agit plutôt d’explorer les intersections et les tensions qui traversent ces deux séries d’expérimentations, de pratiques et d’idées politiques et sociales. Toutes deux se démarquent clairement des logiques de paisible consensus, de bonne gouvernance et de juridisme autolégitimé qui prétendent épurer le champ social de ses conflits et de ses poches d’altérité. Contre les diverses formes de domination, d’oppression et d’exploitation, utopie et démocratie radicale veillent à laisser apparaître et s’exprimer les populations déterritorialisées, minoritaires, marginalisées et alternatives – ces bandes parcourant d’autres contrées du possible. Toutes deux puisent ainsi leurs lieux et expériences propres aux marges du pouvoir, dans des communautés qui ne s’intègrent pas à la société normalisée ni ne se soumettent aux codifications hégémoniques, dans des univers de sens reconfigurant le pensable, le dicible et le faisable. Pour autant, leurs procédés, leurs espoirs et leurs paysages ne doivent pas dissimuler trop rapidement leurs différences.

L’utopie et la démocratie radicale renvoient à deux formes différentes d’expérimentation des possibles, à deux « intuitions » distinctes quant à la question de savoir comment peupler un espace avec d’autres possibilités, comment reconfigurer l’ordre social et politique actuellement dominant, quitte à y introduire une dose salutaire de désordres (utopique et/ou démocratiques). Pour sa part, la démocratie radicale se donne pour visée l’extension et l’intensification du pouvoir du demos. Elle inaugure l’avènement d’un sujet et d’une politique liés à la figure d’un « n’importe qui », d’une égalité sans restriction préalable, d’un partage impropre, qui ne pourront être intégrés dans la stabilité supposée d’un ordre consensuel, et qui, en ouvrant l’espace public comme scène de conflit, porte en eux des ruptures tumultueuses, des vecteurs de déterritorialisation et des devenirs minoritaires. D’un côté, comment penser l’irruption de ce sujet des « n’importe qui » ainsi que ses horizons stratégiques et ses formes d’organisation et d’action ? De l’autre, comment penser l’organisation politique d’une égalité sans qualification, ses possibilités d’institutionnalisation (tirage au sort, démocratie directe, jeux de contingence), et les problématiques liées au pouvoir du grand nombre ?

Si la démocratie radicale porte en germe une égalité politique liée à l’irruption du demos dans l’espace public ainsi que les formes possibles d’institutionnalisation d’une liberté insurgeante, l’utopie nous invite quant à elle à imaginer des agencements variés de communautés inédites. En étalant les possibles sur toutes les dimensions temporelles, ouvrant ainsi des poches d’expérimentation au cœur d’un ici et maintenant incapable de les accueillir dans ses calendriers, elle réinvente des pratiques sociales, des espaces architecturaux et technologiques, des rituels quotidiens, des formes de critique sociale, des procédures de décision, des sociabilités et des relations avec la nature. En ce sens, même le modèle le plus messianique des utopies se voit contraint de construire sa machine sociale sur terre et de la voir fragmentée, diffusée, critiquée et réinventée dans la démocratie qui s’établit inévitablement dans le partage social de ses modules et roues. Irréductibles à un quelconque « modèle » à imiter ou à un « idéal » à appliquer, les projets utopiques cherchent à créer des nouveaux assemblages territoriaux, de nouvelles sociétés et de nouveaux sujets politiques au cœur même d’un univers capitaliste qui tend à fermer et à surveiller les frontières du possible.

Au cours de ce colloque, nous souhaitons être attentifs aux « moments » concrets de l’utopie et de la démocratie radicale, aux expériences elles-mêmes, aux possibilités et expérimentations de communautés autant qu’aux constructions théoriques justificatives. Empruntant la terminologie de Derrida, peut-être faudrait-il arriver à penser conjointement deux expériences différentes d’une promesse émancipatrice – démocratique et utopique –, qui mobilisent néanmoins toutes les deux notre capacité à chercher des intersections dans leurs cheminements respectifs et à établir des partages solidaires au lieu même de leurs divergences. Par exemple, la démocratie radicale pourrait-elle soutenir une critique égalitaire des tendances à la planification, à la hiérarchisation et à la technocratisation du paysage utopique ? L’utopie pourrait-elle apporter une audace innovatrice aux formes possibles d’organisation de la démocratie radicale qui risquent toujours de la trahir ? En informant le débat de manière critique à travers les forces spécifiques de chaque dispositif ainsi que ses tensions réciproques, peut-être sera-t-il possible de porter les deux plus loin et de penser avec d’autant plus de portée une politique dissensuelle, inventive, égalitaire et radicale.

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PROGRAMME

Mercredi 15 avril

9h-9h30 : Accueil
9h30-10h : Ouverture du colloque : Etienne Tassin

1er atelier : Mouvements sociaux contemporains 1 : Printemps québecois
10h-10h20 : André Duhamel : La grève étudiante du printemps 2012 au Québec
10h20-10h40 : Collectif de débrayage : la tâche infinie des possibles
10h40-11h20 : discussion collective

11h20-11h30 : Pause

2é atelier : Mouvements sociaux contemporains 2 : Amérique du sud et Afrique
11h30-11h50 : Ricardo Penafiel : L’eutopie concrète de l’action transgressive
11h50-12h10 : Sonia Dayan : Utopie anti-autoritaire et projet démocratique en contexte musulman
12h10-12h50 : discussion collective

12h50-14h30 : Repas

3é atelier : Histoire de la pensée politique
14h30-14h50 : Stéphanie Roza : Utopie, démocratie totale et souveraineté populaire
14h50-15h10 : Christopher Holman : Machiavelli’s Use of History and the Ethics of Political Creation
14h10-15h50 : discussion collective

15h50-16h : Pause

4é atelier : Fiction et préfiguration
16h-16h20 Terry Maley : The Historical Fate of Fugitive Democracy (Marcuse, Wolin)
16h20-16h40 : Sylvia Chrotowska, James Ingram : Utopia, Alibi
16h40-17h : Alice Carabédian : Ian Banks, utopie et science-fiction
17h-18h : discussion collective

18h-18h30 : Pause

Grande conférence
18h30-19h30 : Miguel Abensour
19h30-20h30 : Discussion

Jeudi 16 avril

5é atelier : Agoraphobie et compétence politique
9h-9h20 : Albert Ogien : Sur une aporie de la démocratie, ou : peut-on s’en remettre totalement au peuple ?
9h20-9h40 : Francis Dupuis-Déri : L’agoraphobie face à l’émeute : de l’agora à la rue, du démos à la plèbe
9h40-10h20 : discussion collective

10h20-10h40 : Pause

6é atelier : Oligarchie et démocratie directe
10h40-11h : Christophe David : L’argent cessa d’exister et le pouvoir resta décentralisé (démocratie directe dans la révolution espagnole)
11h-11h20 : Hervé Kempf : L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie (titre d’un de ses ouvrages)
11h20-12h : discussion collective

12h-14h : Repas

7é atelier : Pensée politique contemporaine
14h-14h20 : Margaret Kohn : Democracy and the Right to the City : Critique, Norm, Utopia
14h20-14h40 : Julie Perrault : Clastres et la pensée politique autochtone
14h40-15h : Amy Bartholomew : Habermassian Political Theory as Dissential
15h-16h : discussion collective

16h-16h30 : Pause

Grande conférence
16h30-17h30 : Andreas Kalyvas
17h30-18-30 : discussion

Vendredi 17 avril

8é atelier : Temporalités
10h-10h20 : Antoine Chollet : Temps de la démocratie, temps de l’utopie
10h20-10h40 : Philippe Corcuff : routinisation démocratique
10h40-11h20 : discussion collection

11h20-11h30 : Pause

9é atelier : Temporalités 2
11h30-11h50 : Yohan Dubigeon : Expérience démocratique et temporalités de l’utopie
11h50-12h10 : Nicolas Poirier : Réflexivité démocratique et temps révolutionnaire : l’utopie au présent
12h10-12h50 : discussion

12h50-14h30 : Repas

10é atelier : Utopie et démocratie, quelle articulation ?
14h30-14h50 : Manuel Cervera-Marzal : Radicalité et utopie, sœurs ennemies de la démocratie
14h50-15h10 : Anders Fjeld : Impuissances utopiques et démocratie du sensible
15h10-15h30 : Brice Nocenti : Vers un dépassement de la critique radicale démocratique de l’utopie
15h30-16h30 : discussion collective

16h30-17h : Conclusion du colloque : Martin Breaugh

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Comité d’organisation :

Martin Breaugh (York University), Alice Carabedian (Univ. Paris Diderot), Manuel Cervera-Marzal (Univ. Paris Diderot / ULB, Belgique), Sylwia Chrostowska (York University), Yohan Dubigeon (IEP, Paris), Anders Fjeld (Univ. Paris Diderot), James Ingram (McMaster University), Étienne Tassin (Univ. Paris Diderot)





Calendrier

  • mercredi 15 avril 2015, 09h30-17h30, Université Paris 7.
    Première journée du colloque
  • jeudi 16 avril 2015, 09h30-17h, Université Paris 7.
    Deuxième journée du colloque
  • vendredi 17 avril 2015, 09h30-17h, Université Paris 7.
    Troisième journée du colloque


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